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Le métier de Directeur de Conservatoire
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Accueil - Editorial
Rapport Lockwood : ce qu’en pense l’UNDC.
Un rapport de plus a vu le jour ! Il concerne l’enseignement de la musique dans nos conservatoires et il est signé de Didier Lockwood, dont on connaît à la fois la carrière de musicien et l’engagement dans la transmission des styles qui lui sont attachés (Centre des Musiques Didier Lockwood).
La lecture attentive de ce rapport montre d’abord des contradictions internes, des jugements hâtifs et un éventail de vœux pieux, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils semblent être faits dans l’ignorance totale des réalités du terrain de l’enseignement artistique d’une part, et de l’enseignement tout court d’autre part.
Commençons par les « tartes à la crème » (par cette locution, nous voulons désigner les poncifs, ou comment enfoncer une porte ouverte) :
• « Démocratisation de l’enseignement de la musique », voilà qui semble indiquer que l’accès à nos conservatoires ne serait pas « démocratique », ou pas suffisamment en tout cas.
Faut-il rappeler, encore une fois, que les conservatoires sont, dans leur immense majorité, en régie directe de collectivités locales et territoriales, et que, par conséquent, ils représentent un « service public », accessible à tout citoyen. Le montant des droits de scolarité, sur l’ensemble du territoire, se trouve non seulement fort loin du coût réel d’un élève (entre 2000 et 3500 euros annuels), mais il existe, de plus, quasiment partout des possibilités de tarification sociale, allant d’une réduction à l’exonération totale. Tous pratiquent le plus souvent des locations d’instruments, ce qui permet d’accéder commodément à la pratique individuelle. La fréquentation de nos établissements, souvent au maximum de leurs possibilités d’accueil, montre qu’ils sont loin d’être réservés à une catégorie sociale déterminée et qu’ils se portent très bien. De quelle démocratisation veut donc parler le rapport ? S’il s’agit simplement de représenter les musiques commerciales à proportion de leur consommation, la terminologie n’est pas pertinente : démagogique serait plus en situation que démocratique.
• L’Éternelle confusion entre « musiques populaires » et « musique écoutée et/ou pratiquée par un grand nombre » mérite un commentaire, de même que la distinction entre une « tradition écrite », sèche et patrimoniale, dont les conservatoires seraient les gardiens jaloux et une « tradition orale », apanage d’une vérité musicale irréductible, superbement ignorée des circuits d’enseignement officiels, vision caricaturale s’il en est.
Doit-on encore le souligner ? Les musiques Jazz, de Variété ou Rock (vrai fourre-tout, en vérité, d’une myriade de modes aussi éphémères que provoquées) ne représentent pas, loin s’en faut, des musiques « populaires ». Leur propagation s’appuie plutôt sur des circuits commerciaux et une imprégnation abusive dans la vie de tous les jours. Les véritables traditions populaires, sont, en réalité, fort peu présentes dans nos conservatoires. Pourquoi ? Parce que ces musiques sont, pour la plupart, en voie de marginalisation depuis le début du XXe siècle, et qu’elles ne peuvent s’épanouir que dans le cadre qui leur a donné la vie : les réunions familiales, la rue, le quartier… Elles n’ont ni besoin, ni envie de s’agréger à une structure d’enseignement tant qu’elles se portent bien. Prenons un exemple dans les choix de lecture : en grande majorité, le lectorat français se tourne vers des bandes dessinées, des romans légers et des romans policiers. L’école doit-elle donc mettre au programme ces ouvrages et ne se préoccuper que d’eux seuls ? Ou bien donner les outils d’accéder d’abord à Balzac, à Montaigne, à Baudelaire, etc., qui permettront, bien entendu, si le lecteur le désire, de lire la collection Harlequin ? Diviserons-nous les classes du collège entre « français patrimonial » et « français actuel, SMS et BD » ?
Enfin, la distinction très tranchée entre tradition orale et tradition écrite a de quoi surprendre, à moins qu’elle ne procède d’une vision très superficielle du fait musical. Faut-il rappeler que les éléments d’oralité courent sur toutes les périodes de la musique ? Que l’improvisation d’un organiste se déroule plus librement et dans une forme plus complexe que le chorus d’un pianiste de jazz, rivé à sa grille de deux fois huit mesures ? Qu’un claveciniste réalisant une basse continue pratique une forme d’improvisation et d’écoute d’une subtilité étonnante ? Que l’ornementation d’une pièce du dix-septième ou du dix-huitième siècle réclame une immense liberté de choix de formules ? Qu’une antienne grégorienne s’est transmise « oralement » durant plusieurs siècles, et que sa notation rendra toujours imparfaitement ses intentions expressives (ce qui est d’ailleurs le cas de toutes musiques notées, y compris le jazz avec ses conventions rythmiques irrégulières…) ?
• « Amener le public à Mozart par l’opéra-rock Mozart ». Voilà bien une prédiction non étayée, sans enquête et sans bilan. De même qu’on a pensé que la diversité des supports dans les médiathèques conduirait à passer du CD ou du DVD au livre, et de celui-ci à la lecture, toutes les études montrent qu’il n’en est rien et que l’érosion de la lecture continue impitoyablement.
• « Partir des cultures d’aujourd’hui pour remonter aux racines ». Cette illusion d’optique pédagogique pourra se suffire d’un seul exemple : pour venir au latin, partons du français SMS ! C’est possible, mais à raison de quel taux horaire hebdomadaire, et pour quel coût ?
Passons maintenant aux vœux pieux :
• « Impliquer l’Éducation Nationale dans des dispositifs pérennes ». Il faut vraiment méconnaître le terrain pour émettre ce vœu. Bien sûr, c’est nécessaire, souhaitable, indispensable. Mais ce ministère ne dispose d’aucun moyen matériel et financier dans cette direction. Les conservatoires, et les collectivités territoriales qui les gèrent, se sont impliqués fortement dans le tissu scolaire (interventions ponctuelles, régulières, classes à horaires aménagés) avec leurs moyens propres. Jusqu’où peut-on construire lorsqu’un seul partenaire apporte les moyens matériels ? Quelles sont les solutions pratiques proposées par le rapport ? Nous avouons n’en avoir trouvé aucune trace.
• « Partenariats avec les orchestres ». Ils existent déjà dans beaucoup de cas, mais un partenariat plus serré se heurte à des problématiques syndicales (personnel non payé au milieu de professionnels payés, et encore est-il vraiment possible pour les cordes, et peu praticable pour les instruments à vent).
• « Plus grande implication des ministères de la Culture, de l’Éducation Nationale, de la Ville et Jeunesse et sports et des collectivités locales et territoriales » Dans les perspectives de la Révision Générale des Politiques Publiques de l’état, des baisses de crédits des DRAC, des charges des collectivités publiques, on appréciera la portée pratique de ce vœu.
• « Rythmes scolaires à revoir ». Sachant le souci de communication qui anime l’Éducation Nationale dans son élaboration des programmes et des calendriers envers ses partenaires, ce vœu dépasse la piété pour atteindre à l’espérance du miracle.
Terminons par les contradictions et les erreurs
• « Formation des professeurs de conservatoire ». Il existe déjà de nombreuses formations pour les professeurs et beaucoup en suivent. M. Lockwood semble ignorer totalement les plans de formation du CNFPT et de chaque collectivité. Soulignons, en particulier, les nombreux stages et ateliers d’improvisation qui existent au sein de ces plans de formation.
• « diversifier les styles ». Le rapport plaide pour une diversification des styles, qui tendrait à faire accroire qu’elle n’existe pas en l’état actuel. Le jazz et les musiques actuelles sont non seulement bien représentés dans les conservatoires (quel est l’établissement classé CRR ou CRD qui n’a pas de département jazz ?), mais aussi par d’autres structures, souvent municipales (studios de travail insonorisés pour les groupes de rock, SMAC, MJC). Il semble également contradictoire de plaider pour une pseudo-diversification et de proposer une division de nos établissements en deux pôles (patrimoine/écrit et populaire/oral) qui aura pour effet de dresser une barrière de plus. Ajoutons que la création contemporaine est également présente dans les conservatoires, et que des centaines de commandes ont été passées à des compositeurs d’esthétique et de style très variés. Ainsi, nos établissements ne sont pas que des vecteurs d’apprentissage de la musique d’hier et d’autrefois.
• « Pédagogies nouvelles ». Vous avez dit nouvelles ? C’est à croire que les recherches pédagogiques, les évolutions sensibles dans l’enseignement n’ont jamais existé, et n’existent pas. Ainsi, on découvre en lisant le rapport que la musique « dite classique, de tradition écrite », n’aurait aucun lien avec le corps, ni la danse, ni l’improvisation, et qu’il nous faut l’apprendre des musiciens de tradition orale. Comment donc jouer une allemande de Froberger, de Bach, sans rapport à la danse, au corps (présent dans toute technique instrumentale ou vocale de quelque style qu’il soit, d’ailleurs) ? La rythmique de Stravinsky n’aurait-elle aucun lien avec la danse ? Les exemples sont légions et contredisent absolument la vision présentée dans ce rapport.
Ces distinctions nous paraissent arbitraires, fausses de surcroît, et jettent sur le corps enseignant des conservatoires un discrédit immérité, ainsi que sur les structures de formation dont ils sont issus.
En conclusion, l’examen de cet énième rapport nous surprend en ce qu’il présente aujourd’hui l’enseignement de la musique dans les conservatoires comme figé, avec un corps professoral momifié. C’est méconnaître la réalité.
Les solutions proposées par ce rapport ne sont assorties d’aucun accompagnement ou proposition d’organisation matérielle pratique (les financements en particulier), les amalgames, les contradictions, les confusions, les approximations, les jugements à l’emporte-pièce y abondent, les analyses ne se voient étayées d’aucun exemple précis, d’aucune statistique, d’aucune enquête systématique et le ton « ex cathedra » laisse une douloureuse impression de superficialité et de parti-pris.
L’UNDC invite les professionnels à se mobiliser contre une telle description fallacieuse de nos établissements et à réagir contre les propositions inadéquates que ce rapport contient.
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